Accueil/Blog/Féminicides au Cameroun : l’urgence de nommer pour mieux combattre
féminicide Camerounviolences faites aux femmes Cameroundroit pénal camerounais féminicideviolences basées sur le genre (VBG)

Féminicides au Cameroun : l’urgence de nommer pour mieux combattre

Rosy Misael Belomo Ntsantso·27 septembre 2026·19 min de lecture
Féminicides au Cameroun : l’urgence de nommer pour mieux combattre

FÉMINICIDES AU CAMEROUN : L’URGENCE DE NOMMER POUR MIEUX COMBATTRE

Mots de TCHEPGA Ludyvine
WAMBO Jordan & Co Law Firm

« Droit. Justice. Action. Pour toutes les femmes et les filles. »

Voilà le thème retenu pour cette quarante-et-unième édition de la Journée internationale des femmes, célébrée chaque 8 mars à travers le monde.

Instituée au Cameroun depuis 1986, cette journée se veut notamment le symbole d’un engagement en faveur de l’égalité, de la protection et de la promotion des droits des femmes.

À travers cette célébration, le Cameroun affirme, du moins sur le plan institutionnel et symbolique, son attachement à la défense des femmes et à la lutte contre les violences dont elles sont principalement victimes. Pourtant, derrière les discours et les engagements affichés, une réalité demeure préoccupante : celle des femmes tuées parce qu’elles sont femmes, phénomène communément désigné sous le terme « féminicide ».

La question interpelle d’autant plus que, si l’ordre juridique camerounais permet de réprimer les faits de violence mortelle contre une femme à travers des qualifications telles que le meurtre ou l’assassinat, il ne reconnaît pas le féminicide comme une infraction autonome. Le phénomène est ainsi juridiquement appréhendé à travers les catégories classiques de l’homicide, sans que la dimension genrée qui peut caractériser certains de ces meurtres ne fasse l’objet d’une qualification pénale spécifique.

Cette absence de consécration soulève alors une interrogation essentielle : que traduit réellement le silence du législateur camerounais sur le féminicide ? S’agit-il d’un choix juridique fondé sur l’inutilité d’une incrimination spécifique, les qualifications existantes permettant déjà de sanctionner les auteurs, ou révèle-t-il au contraire une prise en compte encore insuffisante de la dimension particulière des violences létales faites aux femmes ?

La question apparaît d’autant plus pressante que le féminicide s’est progressivement imposé dans le débat public camerounais. Au cours des dernières années, le terme a pris une place croissante dans le discours des autorités, des organisations de défense des droits de la femme, des chercheurs et de la société civile.

L’année 2026 semble, à cet égard, avoir marqué une nouvelle intensification de l’attention portée au phénomène. Mais au-delà de la médiatisation croissante de ces affaires, c’est leur répétition qui interpelle : le féminicide n’est plus une notion lointaine ou étrangère au débat national, mais une réalité qui s’inscrit progressivement dans le quotidien camerounais.

Dès lors, une question s’impose : le fait que le Cameroun ne reconnaisse pas le féminicide comme une infraction autonome constitue-t-il une faiblesse de sa réponse ?

I. LE FÉMINICIDE : UNE VIOLENCE FAITE AUX FEMMES DEMANDANT UNE APPRÉHENSION SPÉCIFIQUE

A. LA DÉLIMITATION CONCEPTUELLE DU FÉMINICIDE

Le féminicide est un phénomène ancien, profondément enraciné dans les sociétés et ayant, pendant longtemps, bénéficié d’une certaine tolérance sociale. Sa reconnaissance en tant que notion spécifique s’est toutefois progressivement affirmée sur la scène internationale.

En 1994, l’Organisation des Nations Unies contribue notamment à sa consécration en le rattachant aux violences dirigées contre les femmes en raison de leur sexe ou de leur genre. Le féminicide peut ainsi être appréhendé comme le meurtre d’une femme ou d’une fille en raison de son sexe.

Il s’inscrit généralement dans un contexte de domination, de misogynie, de normes sociales et culturelles discriminatoires ou, plus largement, de rapports de pouvoir inégalitaires.

Cette notion doit toutefois être distinguée de celles qui lui sont proches, notamment de l’homicide. Celui-ci désigne le fait de donner la mort à un être humain, volontairement ou non. Ainsi, tout féminicide constitue nécessairement un homicide, mais tout homicide commis sur une femme n’est pas un féminicide.

La distinction repose principalement sur le mobile du crime : une femme tuée pour être dépouillée n’est pas nécessairement victime d’un féminicide, contrairement à celle tuée parce qu’elle souhaite divorcer ou être indépendante. C’est donc le caractère sexiste ou genré du meurtre qui permet de retenir la qualification de féminicide.

Le féminicide se distingue également de l’uxoricide, qui désigne le meurtre d’une femme par son conjoint. Alors que l’uxoricide suppose une relation conjugale entre l’auteur et la victime, le féminicide ne dépend pas de l’identité de l’auteur. Celui-ci peut être le conjoint, l’ancien conjoint, un membre de la famille ou même un inconnu.

Enfin, à la question : le féminicide peut-il être commis par une femme ? La réponse est affirmative. Le sexe de l’auteur n’est pas déterminant : ce qui importe est le caractère sexiste ou genré du crime.

Des femmes peuvent ainsi être complices ou coauteures de violences commises contre d’autres femmes, notamment dans certains crimes dits « d’honneur » ou dans des contextes de violences familiales. L’affaire Tina Isa, aux États-Unis en 1989, en constitue une illustration.

B. LE FÉMINICIDE AU CAMEROUN : PLUS QU’UN CRIME, UNE RÉALITÉ QU’ON NE PEUT PLUS IGNORER

Depuis quelques années, le Cameroun semble s’être engagé dans une inquiétante course pour décrocher « la palme d’or » du territoire le plus insécurisant pour les femmes. En effet, les cas de femmes tuées au Cameroun parce qu’elles sont des femmes suscitent une inquiétude croissante.

Bien que le phénomène demeure insuffisamment documenté, les données disponibles révèlent une tendance préoccupante. À ce sujet, la ministre de la Promotion de la femme et de la Famille, Marie-Thérèse Abena Ondoa, déclarait :

« Le féminicide, bien qu’insuffisamment documenté, est en hausse, illustrant une forme extrême de violence sexospécifique. Le nombre de féminicides reste en progression dans notre pays. »

Les données présentées par la ministre font état de plus de 200 féminicides entre 2023 et 2025 : 57 cas en 2023, 67 en 2024 et 77 en 2025.

Cette progression traduit une réalité particulièrement alarmante : au fil des années, de plus en plus de femmes perdent la vie en raison de violences liées à leur condition de femme.

L’année 2026 ne semble malheureusement pas inverser cette tendance. Au premier trimestre, 50 cas de féminicides avaient déjà été recensés, soit un nombre qui se rapproche, en seulement quatre mois, de celui enregistré sur l’ensemble de l’année 2023.

La série de meurtres survenue la semaine dernière illustre de manière particulièrement inquiétante l’ampleur des violences faites aux femmes. Sept féminicides auraient ainsi été recensés en sept jours, soit en moyenne un meurtre par jour.

La répétition de ces drames tend à banaliser leur présence dans l’espace public, au point que les avis de décès de femmes victimes de féminicide semblent désormais se succéder sur les écrans camerounais.

Cette situation conduit nécessairement à s’interroger sur les causes d’un tel fléau. Dans la majorité des cas, les auteurs sont connus des victimes, les féminicides prenant fréquemment la forme de crimes conjugaux ou passionnels commis par des époux, ex-partenaires ou compagnons.

Le sociologue Pr Claude Abe relève ainsi que « la femme reste extrêmement vulnérable au Cameroun » et observe une montée des crimes passionnels, notamment liés à la jalousie ou aux tensions sociales.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette recrudescence : la banalisation des violences domestiques, le poids des normes patriarcales, la difficulté pour les victimes de quitter des relations abusives ainsi que l’insuffisance des mécanismes de protection.

Cette vulnérabilité s’inscrit plus largement dans un contexte marqué par 1 599 cas de violences basées sur le genre recensés, tandis qu’une femme sur trois déclare avoir subi des violences physiques ou sexuelles au cours de sa vie.

II. LES RÉPONSES DU CAMEROUN FACE AU FÉMINICIDE : ENTRE INITIATIVES ET INEFFICACITÉ

A. LES INSTRUMENTS DE LUTTE CONTRE LE FÉMINICIDE AU CAMEROUN

En droit camerounais, le féminicide ne fait pas l’objet d’une incrimination spécifique. À la différence de l’infanticide et du parricide, auxquels le Code pénal réserve des dispositions particulières, le meurtre d’une femme en raison de son sexe est juridiquement appréhendé à travers les infractions générales d’atteinte à la vie, notamment le meurtre et l’assassinat.

Sur le plan institutionnel, une évolution est toutefois intervenue en 2023 avec l’initiative du Gouvernement visant à élaborer un projet de loi spécifique relatif aux violences faites aux femmes et aux filles.

Cependant, cette initiative demeure, à ce jour, sans aboutissement législatif. Cette situation a favorisé la mobilisation de la société civile, notamment du collectif Stop Féminicides 237, qui plaide pour l’adoption d’un cadre juridique spécifique permettant de mieux prévenir et réprimer les violences fondées sur le genre.

À ces mécanismes internes s’ajoutent les engagements internationaux du Cameroun. L’État est notamment partie à la Convention contre la torture depuis 1986, au Pacte international relatif aux droits civils et politiques depuis 1984, ainsi qu’à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes depuis 1994.

Au niveau régional, il est également lié par la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et par le Protocole de Maputo, qui renforce la protection des femmes contre les violences.

Enfin, la lutte contre le féminicide repose également sur des actions de sensibilisation et de mobilisation de la société civile. Des campagnes et marches ont notamment été organisées afin de rendre visibles les violences faites aux femmes et d’interpeller les pouvoirs publics sur la nécessité d’une réponse plus efficace.

Au-delà de la répression pénale, la lutte contre le féminicide passe également par la prise en charge des victimes et survivantes de violences.

Cette nécessité est d’autant plus évidente qu’en 2018, environ 40 % des femmes avaient subi des violences physiques, principalement de la part de leur conjoint, tandis que plus de la moitié des femmes âgées de 15 à 49 ans auraient été exposées à des violences émotionnelles.

Plus préoccupant encore, seules 2 % des victimes de violences physiques ou sexuelles recouraient aux services sociaux, alors que 48 % ne recherchaient aucune aide et 39 % n’en parlaient à personne.

Pour répondre à ces difficultés, plusieurs structures proposent désormais une prise en charge médicale, psychologique et sociale.

Inauguré en novembre 2025 à l’Hôpital Jamot de Yaoundé, le premier « One Stop Center » du Cameroun, fruit du partenariat entre le Centre AFIRI et l’Hôpital Jamot avec l’appui de l’UNFPA, constitue à cet égard une avancée importante.

Il permet de regrouper les soins médicaux, l’accompagnement psychologique et psychiatrique ainsi que le suivi social des survivantes. L’objectif est également de faire de ce dispositif un modèle susceptible d’être étendu à d’autres régions du pays.

D’autres initiatives complètent ce dispositif, notamment LUCOVIFA, une association active dans la région du Littoral pour l’aide aux femmes en détresse et victimes de violences.

La prise en charge s’est également étendue au numérique avec le lancement, en 2023 à Douala, de la plateforme AlertGBV, destinée à faciliter l’orientation des survivantes vers les services d’assistance disponibles.

À ces dispositifs s’ajoutent les mécanismes téléphoniques d’urgence, notamment le numéro vert 116, qui permet de signaler les situations de violence et de solliciter une assistance.

B. LA PROMESSE NON TENUE DU CAMEROUN DE PROTÉGER LES FEMMES

Au-delà de ces différentes initiatives destinées à lutter contre les violences faites aux femmes, le constat demeure préoccupant : le féminicide n’est encore appréhendé qu’indirectement par les politiques publiques camerounaises.

Aucune mesure spécifique ne semble, à ce jour, traduire une véritable prise en compte de ce phénomène. Certes, la notion demeure relativement récente dans le débat public, mais la multiplication des victimes aurait dû conduire les pouvoirs publics à dépasser les discours pour privilégier des mesures concrètes, notamment l’adoption du projet de loi annoncé depuis 2023 ou, plus fondamentalement, la consécration du féminicide comme infraction autonome.

Même les dispositifs destinés à lutter contre les violences basées sur le genre (VBG) demeurent insuffisants.

L’existence des centres d’accueil est peu portée à la connaissance du public et ces structures, lorsqu’elles existent, ne permettent pas toujours aux victimes menacées de bénéficier d’un véritable hébergement sécurisé.

À cela s’ajoute le coût élevé des certificats médicaux, pourtant souvent indispensables à l’engagement des poursuites, dénoncé par plusieurs associations féministes.

La ligne verte mise en place pour faciliter le signalement des violences soulève également des interrogations quant à son accessibilité et à son efficacité. Une tentative de contact effectuée auprès de ce service a ainsi abouti à un message automatique indiquant que « la boîte vocale est désactivée pour ce poste », ce qui ne peut qu’entamer la confiance des personnes cherchant une assistance.

Plus préoccupant encore, l’inefficacité de la réponse institutionnelle peut contribuer à maintenir les victimes dans le cycle des violences.

Certaines femmes ayant sollicité les autorités rapportent avoir subi des pressions pour se réconcilier avec leurs agresseurs, avoir été rendues responsables des violences subies ou avoir fait l’objet de représailles après leur signalement.

Human Rights Watch relève également que les liens entretenus par certains agresseurs avec des policiers ou des autorités locales peuvent rendre les démarches particulièrement difficiles.

Le témoignage d’Yvonne D., recueilli à Douala, illustre cette réalité : après avoir sollicité la police, elle affirme avoir été renvoyée à son domicile sans qu’une véritable intervention ne soit engagée, avant de subir de nouvelles violences de la part de son mari.

Cette défaillance institutionnelle s’inscrit par ailleurs dans un cadre juridique qui conserve certaines dispositions susceptibles de maintenir des rapports de dépendance entre les époux.

L’article 1421 du Code civil reconnaît ainsi au mari des pouvoirs importants sur les biens de la communauté, tandis que l’article 223 lui confère un rôle dans le choix de la profession de son épouse.

Ces dispositions, bien qu’elles ne constituent pas directement des causes de féminicide, témoignent de la persistance de certaines asymétries juridiques susceptibles de fragiliser l’autonomie des femmes.

La réponse judiciaire n’échappe pas davantage aux critiques.

Le traitement de certaines affaires de féminicide nourrit le sentiment d’une banalisation de la vie des femmes et peut, indirectement, alimenter un climat d’impunité.

L’affaire Diane Yangwo, enseignante au lycée de Brazzaville, en constitue une illustration particulièrement frappante.

Après avoir causé la mort de son épouse, Éric Bekobe avait initialement été condamné à cinq ans d’emprisonnement avec sursis et à une amende de 52 000 FCFA, une décision qui avait suscité une vive indignation.

Saisie par le ministère public et la famille de la victime, la Cour d’appel du Littoral a finalement porté la peine à vingt ans d’emprisonnement ferme et délivré un mandat d’arrêt contre l’intéressé.

Si cette seconde décision apparaît plus sévère, elle ne répond toutefois pas entièrement à la revendication centrale : la reconnaissance du caractère spécifique du féminicide.

Le fait que l’auteur ait été poursuivi et condamné sous la qualification de « coups mortels » révèle précisément les limites du droit positif camerounais : une femme peut être tuée en raison des violences liées à sa condition ou à sa relation conjugale, mais le droit ne nomme pas encore nécessairement cette réalité pour ce qu’elle est.

Ainsi, l’affaire Diane Yangwo ne doit pas seulement être envisagée comme un cas isolé. Elle révèle surtout l’invisibilisation persistante des violences faites aux femmes et les insuffisances de la réponse institutionnelle camerounaise.

Lorsqu’une première condamnation pour la mort d’une épouse, malgré la gravité des faits, se limite à cinq années avec sursis, la question n’est plus seulement celle de la sévérité de la peine : elle interroge la capacité du système juridique à reconnaître pleinement la gravité des violences conjugales et, plus largement, du féminicide.

CONCLUSION

En définitive, le féminicide a encore de longs jours devant lui sur le territoire camerounais si des mesures réellement efficaces ne sont pas mises en œuvre.

Si les pouvoirs publics ont entrepris certaines actions pour lutter contre les violences faites aux femmes, celles-ci demeurent encore insuffisantes au regard de l’ampleur du phénomène.

L’absence d’une politique spécifiquement consacrée au féminicide, conjuguée à la faiblesse de la prévention, de la prise en charge des victimes et de la réponse judiciaire, traduit davantage une gestion ponctuelle du problème qu’une véritable stratégie de lutte.

Les chiffres disponibles, l’actualité et la récurrence des cas de femmes tuées témoignent malheureusement des limites de cette approche.

Dès lors, une question demeure : combien de femmes devront encore perdre la vie avant qu’une réponse véritablement adaptée soit apportée par les autorités camerounaises ?

L’enjeu n’est plus seulement de multiplier les déclarations ou les actions ponctuelles, mais de mettre en place un dispositif cohérent permettant de prévenir les violences, de protéger efficacement les victimes et de sanctionner leurs auteurs.

À cet égard, l’expérience de certains États pourrait constituer une source d’inspiration.

En Espagne, par exemple, la lutte contre les violences faites aux femmes repose notamment sur des juridictions spécialisées, composées de magistrats formés aux violences de genre.

Le système VioGén permet, quant à lui, d’évaluer le niveau de risque auquel est exposée chaque victime afin d’adapter les mesures de protection policière.

À cela s’ajoutent une ligne téléphonique nationale d’assistance, le 016, ainsi que le recours au bracelet électronique pour contrôler le respect des mesures d’éloignement imposées aux agresseurs.

D’autres États ont fait le choix d’une reconnaissance juridique explicite du féminicide. Le Mexique et l’Argentine l’ont ainsi consacré dans leur législation pénale, permettant de prendre en considération la dimension genrée du meurtre d’une femme.

Ces expériences montrent qu’une politique efficace suppose à la fois une meilleure qualification juridique des faits, une spécialisation des acteurs judiciaires et une intervention rapide dès les premiers signes de violence.

Ces pistes ne sont d’ailleurs pas étrangères aux revendications formulées au Cameroun.

Viviane Tathi Yende, présidente de l’association Sourires de femmes, préconise notamment :

« la formation du corps judiciaire sur les questions de criminalité liées aux notions de genre, la création d’un tribunal spécialisé sur les violences intrafamiliales, une reconnaissance juridique des féminicides et des violences domestiques, telle que l’inscription du féminicide dans le Code pénal camerounais ».

Au-delà de ces propositions, plusieurs priorités apparaissent donc nécessaires : reconnaître juridiquement la dimension genrée de certains homicides, renforcer les mécanismes de protection contre les violences domestiques, disposer de données fiables sur les féminicides, former les professionnels chargés de repérer les situations à risque et garantir aux survivantes un accès effectif aux soins, à l’hébergement et à l’accompagnement juridique.

Surtout, l’action doit intervenir en amont, car prévenir le féminicide revient d’abord à empêcher que des violences déjà identifiables ne deviennent mortelles.

Ainsi, loin d’être irréalisables, les mesures susceptibles de renforcer la lutte contre le féminicide sont déjà identifiées par les acteurs de terrain et expérimentées dans d’autres systèmes juridiques.

Il appartient désormais aux pouvoirs publics camerounais de dépasser les réponses ponctuelles pour construire une véritable politique de prévention et de répression du féminicide.

Car derrière chaque statistique se trouve une vie perdue, et derrière chaque silence institutionnel, le risque de voir se reproduire les mêmes violences.

NOTES ET RÉFÉRENCES

  1. ONU, Assemblée générale, Déclaration sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes, Résolution 48/104, 20 décembre 1993, A/RES/48/104.

  2. Le Petit Robert.

  3. D. E. H. Russell et J. Radford, Feminicide: The Politics of Woman Killing, Twayne Publishers, New York, 1992. Les auteurs ont largement contribué à la conceptualisation du « féminicide » comme meurtre de femmes parce qu’elles sont des femmes.

  4. Larousse.

  5. Sur la distinction entre homicide et féminicide, voir notamment ONU Femmes, Feminicides in 2023: Global Estimates of Intimate Partner/Family Member Feminicides, 2024, qui rattache le féminicide aux meurtres de femmes et de filles liés au genre.

  6. Wikipédia.

  7. State of Missouri v. Maria Isa, 850 S.W.2d 876 ; State of Missouri v. Zein Isa.

  8. DataCameroun, « Féminicides : Plus de 200 femmes tuées en trois ans au Cameroun », 7 avril 2026.

  9. StopBlaBlaCam, « Féminicides : 50 cas recensés entre janvier et avril 2026, le gouvernement alerte sur une recrudescence », 19 juin 2026.

  10. Cameroon Tribune, « National emergency: Seven femicides in seven days spark… », 25 août 2026.

  11. On peut citer le drame survenu à Logpom, un quartier de Douala où le dénommé Hervé Tezembong, muni d’un couteau, a arraché la vie à sa femme dans son sommeil.

  12. Africaz 4 TV.

  13. Loi n°2016/007 du 12 juillet 2016 relative au Code pénal, art. 340.

  14. Article 351 du Code pénal.

  15. Article 275 : « Est puni de l’emprisonnement à vie celui qui cause la mort d’autrui. »

  16. Article 276 : « (1) Est puni de mort le meurtre commis soit (a) avec préméditation ; (b) par empoisonnement ; (c) pour procéder au trafic des organes de la victime ; (d) pour préparer, faciliter ou exécuter un crime ou un délit, ou pour favoriser la fuite ou assurer l’impunité des auteurs ou complices de ce crime ou de ce délit… »

  17. Le Gouvernement camerounais a engagé en 2023 le processus d’élaboration d’une loi spécifique sur les violences faites aux femmes et aux filles.

  18. Sur le plaidoyer du collectif Stop Féminicides 237 en faveur d’un cadre juridique spécifique, voir notamment Le Monde, « Au Cameroun, face à l’augmentation des féminicides, les associations veulent lutter contre l’impunité », 30 mai 2025.

  19. ONU, Base de données des organes conventionnels, statut de ratification du Cameroun.

  20. Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des femmes en Afrique, dit « Protocole de Maputo », adopté le 11 juillet 2003 ; le Cameroun l’a ratifié par décret n°2009/143 du 28 mai 2009.

  21. Ces mobilisations comprennent notamment les actions menées par le collectif Stop Féminicides 237 pour sensibiliser l’opinion publique et interpeller les autorités.

  22. Source citée dans le document.

  23. Source citée dans le document.

  24. Source citée dans le document.

  25. Le Monde, « Au Cameroun, face à l’augmentation des féminicides, les associations veulent lutter contre l’impunité », 30 mai 2025.

  26. Human Rights Watch, « Cameroun : la promesse non tenue de réduire les violences basées sur le genre », 24 juin 2026.

  27. Article 1421 du Code civil : « Le mari administre seul les biens de la communauté. Il peut les vendre, aliéner et hypothéquer sans le concours de sa femme. »

  28. Article 223 : « La femme peut exercer une profession séparée de celle de son mari, à moins que ce dernier ne s’y oppose (…) ».

  29. TV5MONDE, « Féminicides au Cameroun : le verdict de la juge donne aux hommes le pouvoir de tuer leurs… »

  30. Le Jour, « Affaire Diane Yangwo : Éric Bekobe écope de 20 ans de prison ferme ».

  31. DataCameroun, « Féminicides : Plus de 200 femmes tuées en trois ans au Cameroun », 7 avril 2026.

  32. Gouvernement espagnol, Sistema de Seguimiento Integral en los casos de Violencia de Género (Sistema VioGén), dispositif permettant l’évaluation et le suivi du risque encouru par les victimes de violences de genre.

  33. Gouvernement espagnol, Delegación del Gobierno contra la Violencia de Género, dispositifs de protection des victimes de violences faites aux femmes, notamment le service téléphonique 016 et les dispositifs de surveillance électronique.

  34. Voir notamment le Code pénal fédéral mexicain, qui incrimine le féminicide, ainsi que le Code pénal argentin, qui prévoit une circonstance aggravante lorsque le meurtre est commis dans un contexte de violence de genre ou pour des raisons liées au genre de la victime.

  35. Déclaration de Viviane Tathi Yende, présidente de l’association Sourires de femmes, relative aux mesures nécessaires pour renforcer la lutte contre les violences faites aux femmes au Cameroun.

#One Stop Center Hôpital Jamot Yaoundé#numéro vert 116 violences femmes#Stop Féminicides 237